Les méchants des séries de science-fiction ont tout de même sacrément évolué, depuis les premiers épisodes de Star Trek (je n'en ai vu que peu, M6 pourrait faire son beurre en diffusant les déclinaisons suivantes, mais bon...). Je vais essayer de les décliner selon leur motivation, les moyens employés, et la parabole qu'ils renvoient, car n'oublions pas que la science-fiction, c'est du social avec des lasers.
Les deux seuls grands méchants de Star Trek (et dérivés) que je connaisse un peu sont les Klingons et les Borgs. Les Klingons ont pour but la conquête, ils veulent s'imposer, et sont des guerriers accomplis. Au vu de l'époque, tout ça, ils renvoient plutôt aux temps du communisme, où les valeurs patriotiques (défendre la confédération ?) étaient de mise. Il fallait donc représenter l'ennemi communiste adéquatement : un adversaire dur au combat, aux valeurs et au langage difficile à saisir.

Ensuite les Borgs : ils veulent eux aussi conquérir, mais en s'améliorant eux-mêmes par assimilation des composants intéressants des cultures qu'ils envahissent. Ils sont mus par une volonté unique, qu'il est impossible d'infléchir. À mon sens, ils sont une représentation du consumérisme qui aliène l'individu, en l'assimilant, en le faisant correspondre à un moule consumériste. L'homme perd sa place face à la masse.

Ensuite viennent des méchants qui me sont plus familiers, ceux de l'univers de Stargate. Commençons par les plus évidents, les Goa'uld. Ce sont des sortes de larves qui prennent le contrôle d'un hôte. Ils sont arrogants, assoiffés de pouvoir et despotiques. Je passe sur le fait que l'univers Stargate donne un cadre assez curieusement cohérent aux mythes de nombreuses ethnies humaines des derniers millénaires. À quoi peuvent correspondre les Goa'ulds ? À mon sens, ils sont une représentation assez fidèle de la dictature (les "grands maîtres") induite par une idéologie difficile à déraciner (le goa'uld). D'autant que le contexte s'y prête bien, puisque la série a démarré après la première guerre du Golfe.

Autres méchants intéressants, les réplicateurs. Ce sont des machines ressemblant à des crabes qui se répliquent, envahissent et dont il est très difficile de se débarrasser. Leur approche est assez similaire aux Borgs, la différence étant que cette fois-ci ils n'ont pas besoin de l'humain. Autre remarque intéressante (attention spoiler), les réplicateurs sont indirectement d'origine humaine. Le parallèle ici est alors troublant : tout cela ressemble fort au consumérisme (cf Borgs), mais envahi par la mécanisation, l'informatisation de tous nos besoins. La question des réplicateurs soulèvent deux questions : quelle est la place de l'homme dans un monde totalement informatisé, et quelles sont les conséquences de cette mécanisation irréfléchie (l'origine humaine des réplicateurs). Ma réflexion n'est pas très raffinée sur ce point, mais je pense que je ne suis pas loin de l'idée principale.

Encore d'autres méchants (Stargate est riche en méchants), les Wraiths. Ce sont des sortes de parasites qui se nourissent de force vitale (à défaut d'autre terme plus correct - wikipedia doit être mieux renseigné que moi là-dessus) et qui ont acquis certains avantages des humains (bipédie, intelligence,...). Ils n'ont pas l'air d'être très avancés technologiquement (mais plus que le terrien de base quand même) et voient les terriens comme de la nourriture. Ils représentent probablement la peur que nous avons d'être niés pour ce que nous sommes et pris seulement pour notre moindre valeur (la valeur nutritive), être vus comme des moyens. La métaphore consumériste semble ici être encore à l'honneur.
Petit aparté, les Genai (pas sûr de l'orthographe), humains habitant la galaxie des Wraith et devenus ennemis avec les terriens : ils posent le problème du changement de contexte et des morales qui peuvent s'y rapporter.

Dernier méchant, les Oris. Il me semble qu'ils remplacent assez facilement la place laissée vacante par les Goa'ulds, en tant qu'êtres se faisant passer pour de faux dieux. Là où c'est plus intéressant, c'est qu'ils ont effectivement des pouvoirs divins, et donc il est plus facile pour l'individu lambda de réellement les prendre pour des dieux. On peut reprendre l'interprétation que j'avais faite pour les Goa'ulds, mais étant donné que le thème du divin est encore plus fort, le parallèle est encore plus facile à faire : l'intégrisme religieux, ça vous dit quelque chose ?

Bref, tout ça fait voir à quel point la science-fiction c'est du social, de la géopolitique bien déguisés. Une autre preuve en est l'interprétation qui peut être faite de la série de livres bien connus de Frank Herbert : Dune.

Je terminerai sur le constat que ma connaissance de l'univers Stargate me fait gagner un nombre considérables de points geek (pas nerds, parce que je ne me grime pas en Goa'uld, par exemple). Il est probable que le même genre d'interprétation a déjà été fait par des fans, de Stargate, de Star Trek, et autres...